Un nid douillet

Daniel a 27 ans ; sur les conseils de son frère, venu me rencontrer quelques semaines plus tôt,

il décide de prendre rendez-vous.

C’est un joli jeune homme qui passe la porte, sa posture est un peu voutée et son sourire timide.

 

Daniel m’explique qu’il a un problème de confiance en lui ;

il n’a pas eu de relation amoureuse depuis un peu plus de quatre ans, et il craint de ne plus savoir y faire… il voudrait prendre son indépendance, quitter la maison… mais bon.. pour quoi faire si c’est tout seul…

 

Il m’explique que quand il  angoisse, son visage s’empourpre et  qu’il transpire abondement, cela le complexe beaucoup.

 

D’ou cela peut-il venir…? Se souvient-il d’un déclencheur particulier ? … Non ;

Je vérifie le rapport au père, … Normal.

J’ai alors l’intuition que ce problème de confiance est un problème de manque et non pas de perte ...

Je ne dois donc pas chercher ou il l’a perdue… mais comment il ne l’a pas construite.

 

- « Quelle relation as tu avec tes parents ? »

- « Bonne ! On s’entend bien… c’est normal de bien s’entendre… c’est important d’être en paix dans une famille »

 

Je comprends que Daniel est en parfaite osmose, il me confirme d’ailleurs que lui, la crise d’adolescence, c’est pas comme son frère, l’enfant difficile,

lui il n’a pas eu besoin…

(Pourtant la crise d’adolescence c’est essentiel ! Un vrai cauchemar pour les parents mais indispensable dans nos sociétés  industrielles pour l’évolution et l’équilibre de nos enfants…

Cette période de rébellion permet l’affirmation du SOI chez le jeune adulte et incite l’œuf à quitter le nid… En se rebellant contre nos règles, ils définissent les leurs.)

 

Et voilà maintenant que c’est ce trop plein de sécurité et de confort (ou plutôt la crainte de perdre ces derniers) qui crée l’angoisse inconsciente de Daniel.

Les pions sont en place sur l’échiquier, commençons la partie!

 

- « Tu sais Daniel, notre personnalité est faite d’une multitude de petits personnages,

       ils vont et ils viennent…,

      Je les appelle des nains ; pour te donner un exemple, moi, j’ai un nain comique ; je le laisse souvent sortir, je le laisse s’exprimer, je suis assez fière de lui,

      il flatte mon égo… , mais j’ai aussi un nain jaloux… holala… celui là je préfère le cacher… j’ai honte de lui… je le trouve moche, méprisable…   

      quand il veut me parler, je tourne la tête, je ne l’écoute pas, et c’est à cause de ça qu’un jour, à force d’être ignoré…

      il est sorti comme une furie au beau milieu d’un repas…

       … devant tout le monde… Je n’ai rien pu contrôler…

       Depuis cette mauvaise expérience je prends le temps de l’écouter… , de tous les écouter ! 

       Je peux même te dire que j’ai appris à les apprécier, … oui oui, même les pas très beaux…

       Et là, je peux voir que toi aussi tu as des nains ..., j’en vois au moins 3 !

       Il y en a un qui veut être libre, indépendant… ,

       un deuxième qui adoooore le confort… les petits plats de maman ; tu peux me le décrire physiquement celui là ? »

 

- « …. Je ne le vois pas… »

 

- « C’est pas grave, invente le … cette pièce c’est un endroit ou toute les fantaisies sont  permises …

      Peut-être que pour toi ce ne sont pas des nains, ce sont peut-être des personnages réels, ou des super héros …

     En tous les cas je vois que ton Monsieur confort, il porte des chaussons…

      il est ou physiquement ? à coté de toi ? Là derrière ?  Viens, mettons nous debout»

 

-« Oui, alors… si on invente… peut-être… mais alors c’est pas un nain… c’est plutôt un bébé… et il est devant moi, là… à mes pieds »

 

- « Oké… bien… en plus du bébé je sais que tu as aussi un personnage qui représente la peur, …

      il est ou celui là ? Il est comment ? »

 

- « Celui là il est juste devant moi, vraiment grand, avec une coupe à la brosse, baraqué… »

 

- « wahouw… devant, comme ca ! pfff, pas facile d’avancer avec tous ces obstacles :

     un bébé dans les  pieds et un grand baraqué droit devant toi qui barre le chemin

 

- « Le bébé c’est pas grave, on peut l’enjamber ! »

(il franchit l’obstacle imaginaire du bébé… je sais à ce moment là  qu’il s’identifie au personnage indépendant)

 

- « Si ça ne te dérange pas, je suis inconfortable avec ce petit bébé comme ça sur le sol, derrière nous, imagine qu’on fasse un pas en arrière… on marche dessus ! …      il est  tout petit, on doit en prendre soin et le protéger« 

 

- « C’est vrai, je vais  plutôt le poser sur le fauteuil » (il mime l’action)

 

- « Maintenant il faut qu’on parle avec la peur, là, devant nous… « (On s’avance de quelques pas dans la pièce)

  « Il faut que tu saches que la peur, dans la vie, c’est essentiel…, que tout ce que ce personnage fait pour toi, c’est pour te protéger…

     son objectif est positif vis à vis de toi, il veut être sûre que tu ne te mettras pas en danger en prenant ton envol…

    ?de quoi est ce qu’il pourrait avoir peur par exemple…? »

 

- « Il pourrait croire que je ne vais pas me faire à manger… »

 

- « ha oui… C’est vrai ça !  Pour le rassurer, est ce que tu serais d’accord de continuer à aller manger chez tes parents au moins deux-trois fois par semaine ?

(Je vois qu’il hésite…)  

  « juste les premiers temps.. après ça tu espaceras… »

 

- « oké…»  (Son corps vacille légèrement vers l’arrière… signe d’une régression)

 

- « oké… mais je vois que ce n’est pas suffisant, le personnage a encore peur pour toi, une peur vraiment sérieuse, … c’est quoi ? »

 

- « … en fait, Il a peur que si je suis seul et que je m’ennuie,… il a peur que je picole … »

 

- « ha oui … je comprends, c’est très important comme peur…et toi ? tu l’as aussi cette peur ? (il fait non de la tête)

     … alors, dis lui que si tu prends ta liberté c’est pour du  bien être … pour avoir ton appartement,… et donc une amoureuse… une vie sociale…

     aller au sport…  pas tellement de temps pour l’ennui…»

 

- « …oui, c’est vrai… , je n’aurai pas le temps de m’ennuyer ! »

(Là, son inconscient vient de négocier avec sa peur et il l’a gagné à sa cause !)    je le vois bouger ses épaules, prendre  de l’espace dans la pièce…

 

- « J’ai comme l’impression que la peur se pousse un peu pour te laisser avancer…je me trompe ?

   (Il sourit) … sois tranquille, il ne te laisse pas seul, il restera là, sur le coté, pour intervenir si tu en as besoin, si tu es en danger.

    Viens, avançons de quelques pas… Comment te sens tu ? »

 

- « C’est bizarre… je me sens plus grand… en confiance… je n’ai pas peur…

« (C’est comique, moi aussi je le trouve plus grand que tout à l’heure… il se tient plus droit, il bombe le torse,

  il fait plus « homme » !!)

 

- « Et ce sentiment de bien être tu le sens où dans ton corps ? Montre moi, mets ta main dessus »

    Il pose sa main sur sa poitrine, il se tourne vers moi, souriant.  (C’est bon, l’ancrage est posé)

    Je l’invite à se rassoir, mais dans l’autre fauteuil. (attention ! il y a un bébé  sur ce fauteuil,  ha ha !!)

 

 

 

Par le biais d’une petite séance de coaching il défini son nouvel objectif, la marche à suivre pour l’atteindre  et inscrit le tout  sur une feuille.

 

Il le sait, … dorénavant le choix lui appartient … il a maintenant toutes les compétences  entre ses mains; Il peut mettre son plus beau costume, aller à la banque et négocier son prêt immobilier…

ou  réenfiler son babygros et ses chaussons et rentrer se faire cajoler par maman !

 

 

 

Ça l’a bien fait rire…  IL S’EST FAIT RIRE…  Je crois qu’on a gagné !!